À travers champs
On nous avait parlé d’une église engloutie par les eaux d’un lac artificiel non loin de Sissian’. Nous sommes sortis de la ville. Des gens qui fauchaient nous ont indiqué le chemin. Une route montant jusqu’à Tolors. La retenue d’eau nous est apparue d’un bleu lisse et tranquille. Nous avons marché le long du rivage jusqu’à un couple de bergers. L’homme nous a montré au loin comme des choses à la surface des eaux. Pour les atteindre, il nous faudrait couper à travers les collines. Et comme ça, nous nous sommes trouvés nageant dans d’immenses champs de blés et de fleurs qui nous montaient parfois jusqu’aux épaules. Après des étendues glabres, à peine ponctuées de plantes aromatiques fortes, nous avons plongé dans des striures de verts pastel, parfois fauves, d’où émergeaient des écumes de blancheurs, des panaches jaunes ou violets. Bientôt, devant nous le calme d’un champ mauve à devoir côtoyer avant de rejoindre la route, encadré de fleurs cotonneuses, si doux à l’œil qu’on éprouverait mille hontes à y pénétrer. Mais il en est qui s’emparent de ce droit, petits maîtres ou esprits prédateurs, prompts à maquiller leur arrogance de la splendeur des champs.
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